La peinture à l’eau

Le container maritime est un produit exposé à des contraintes extrêmes tout au long de sa vie et, de fait, sa production requiert des matériaux et des process particulièrement éprouvés. En particulier, l’application d’un système peinture extrêmement performant et précis est nécessaire : application d’une couche de zinc, puis d’une couche d’époxy et pour finir d’une couche d’acrylique. C’est la combinaison de ces 3 strates qui offre une protection optimale et de longue durée à l’acier corten du container, lui-même déjà d’une très grande résistance à l’oxydation.

La peinture à l’eau c’est plus écolo…

Jusqu’à récemment, les systèmes utilisés faisaient appel à des peintures avec solvants. Il se produit des millions de containers chaque année en Chine, et la pollution issue de l’industrie n’était donc pas anodine. A travers son 13ème plan, 2016-2020, le gouvernement chinois s’est donné pour ambition de réduire drastiquement les émissions polluantes sur son territoire.

L’industrie manufacturière de containers a été mise à contribution et les industriels sont passés dès le 1er avril 2017, et en quelques mois, d’une production utilisant très majoritairement une peinture solvée à une production utilisant des peintures à base aqueuse.

Ce passage a nécessité l’adaptation des chaînes de production à des temps de séchages plus longs, donc à des ralentissements de productivité. Ce qui n’a pas manqué de conduire à une augmentation considérable des prix pratiqués, la demande n’ayant jamais été aussi élevée qu’en 2018, année de tous les records en matière de fabrication de containers !

… Mais ce n’est pas forcément encore très économique !

L’application de peinture à base d’eau est beaucoup plus sensible à la température et à l’humidité que celle à base de solvants.
Tout d’abord, les températures basses dans le nord de la Chine en hiver rendent le transport et le stockage de peinture plus compliqué et plus coûteux.
Au niveau de l’application, une hygrométrie élevée, éventuellement combinée à un environnement froid, ralentira ou arrêtera temporairement le durcissement de la peinture.
Les conditions météorologiques variant d’un jour à l’autre, voire au cours d’une même journée, il est nécessaire de stabiliser le chauffage, la ventilation et la déshumidification sur la ligne de peinture. Une chaîne de production de containers appliquant une peinture à base d’eau est donc nettement plus compliquée que celle destinée à l’utilisation de peintures solvées et nécessite un ajustement constant de l’application de la peinture afin de s’adapter aux caprices des conditions météorologiques et aux produits des fournisseurs de peinture utilisés.

Des contraintes de productions


Également, la puissance électrique supplémentaire nécessaire pour fournir la chaleur, la ventilation et la déshumidification des stations de peinture est importante et augmente les coûts de production. Cela varie bien évidemment en fonction de la saison, de la météo et de l’emplacement de l’usine, mais des experts estiment que la puissance électrique nécessaire pour construire un conteneur en utilisant de la peinture à l’eau aurait pu augmenter de 60% par rapport à celle nécessaire à la production de containers à peinture solvée.

Les arrêts supplémentaires sur la ligne de production et la nécessité d’ajuster la vitesse de la ligne de production pour coller aux contraintes des différents temps de séchage requis pour chaque couche de peinture produisent mécaniquement un ralentissement de la vitesse de la ligne de production en phase aqueuse par rapport à la production à base solvée. La vitesse de la ligne se traduit directement dans le nombre de conteneurs qui peuvent être construits par quart et donc dans la productivité et la rentabilité de l’usine.
Une vitesse trop élevée peut ne pas permettre un temps de séchage suffisant pour la peinture et amener à des productions bâclées et non-conformes. Une vitesse trop lente et les coûts de production atteignent un niveau inacceptable pour le fabricant du conteneur… et pour son acheteur.

Un retour à la normale progressif


Dans les premières séries suivant le passage à la peinture à base d’eau, les lignes de production fonctionnaient généralement à environ 70% de la vitesse habituelle sur le mode de peinture précédent. Depuis, les usines ont cherché à augmenter progressivement la vitesse sans céder sur la qualité des applications et quelques-unes ont atteint, ou sont sur le point d’atteindre, des niveaux de productivité identiques à ceux connus du temps de la peinture à base de solvant.


Pour toutes ces raisons, le passage d’un type de peinture à l’autre a donc eu, entre 2017 et 2018, une incidence extrêmement importante sur les prix des productions de containers, incidence d’autant plus importante qu’elle a été soutenue par une spéculation à la hausse des acteurs économiques, et doublée d’un dynamisme inédit des carnets de commande. En quelque mois les prix ont augmenté de plus de 60% sur certaines productions ! Il semble que, fort heureusement, une stabilisation des tarifs soit enfin de retour depuis quelques semaines.