Quelle est l’évolution des relations commerciales avec L’Algérie ?

Depuis juillet 2009 l’importation de matériels d’occasion est interdit en Algérie (en savoir plus) et, conséquence de la chute du prix du baril entre 2015 et 2017 et de la rente pétrolière, l’Algérie a cherché à limiter le déséquilibre de sa balance commerciale en interdisant l’importation des biens qu’elle peut produire nationalement, tout en investissant dans la production locale, le fameux « made in Bladi ».

Suite à ces différentes mesures prises par le gouvernement algérien il est légitime de se poser la question suivante : Où en est l’import-export avec l’Algérie ?

Exporter en Algérie… Une gageure pour les entreprises étrangères qui désormais doivent s’adapter aux nouvelles règles du « made in Bladi ». Depuis trois ans maintenant les exportateurs sont soumis aux réglementations mouvantes du pays. Après l’interdiction totale d’importer quelque 900 produits en 2018, le gouvernement algérien desserre la vis, depuis 2019. Les opérations d’importations de marchandises peuvent être opérées librement, certes, à condition de s’acquitter de taxes pour le moins exorbitantes. Quant au matériel roulant, son importation sur le sol algérien demeure encore prohibée (soumis à des quotas d’importations depuis début 2016).

> Les Droit Additionnel Provisoire de Sauvegarde  (DAPS)

Privé de la rente pétrolière depuis la dégringolade des cours, le pays a préféré fermer complètement le robinet des importations en 2018. 854 produits ont été purement et simplement interdits (Mayonnaise, Nutella…).

Un an plus tard, le ministère du commerce algérien n’interdit plus, il régule en imposant des taxes dont le taux oscille entre 30% et 200%.

L’arrêté publié le 26 Janvier 2019 instaure un DAPS à une liste interminable de produits. Ce DAPS étant l’instrument tarifaire destiné à sauvegarder la balance des paiements, à encourager la production nationale et le développement des industries naissantes.

Dans le périmètre du DAPS :

  • Les viandes, les fruits secs et frais > 120% (hormis les bananes)
  • Les conserves de poissons > 120%
  • L’huile d’olive > 70%
  • Les préparations pour soupes, le carrelage > 60%
  • Le savon et papier > 30%
  • Les jus de fruits > 70%
  • Le ciment, produits cosmétiques, revêtements de sol, téléphonie mobile, meubles, tous les produits blancs (réfrigérateurs, machines à laver…)  > 60%

Cette mesure est bénéfique dans le sens où elle rouvre l’export et permet le travail, même s’il va sans dire que l’Algérie ne fera pas les mêmes volumes qu’il y a trois ans.

Rien n’étant figé, le gouvernement précise que la liste des marchandises pourra faire l’objet d’une révision périodique, tout comme le taux appelé à évoluer en fonction de la concurrence internationale et sur la base du suivi des volumes à l’importation.

Les véhicules, pourtant soumis à des quotas d’importations depuis début 2016, ont enregistré une augmentation à destination de l’Algérie de 27% en 2017, à 497 MEUR (2ème poste). Les douanes algériennes ne comptabilisent pas les achats effectués par les particuliers (elles n’ont enregistré que 48 MEUR d’importations de véhicules en provenance de France).

Si ces mesures protectionnistes pénalisent les industriels et agriculteurs dans le monde entier, les entreprises françaises sont en première ligne, la France étant le deuxième fournisseur de l’Algérie avec une part de marché de 10% derrière la Chine avec 14,9% (au premier semestre 2018).

Au premier semestre 2018 les exportations françaises de véhicules ont chuté de 40% pour atteindre 197M€. La production locale de véhicule et des pièces est en hausse en Algérie, expliquant pour partie la baisse des importations.

En parallèle…

En parallèle le gouvernement algérien alloue des subventions afin d’encourager la création de chaînes de production locales.

Par exemple pour continuer à vendre ses pots de mayonnaise Lesieur n’a pas eu d’autres choix que d’implanter une usine sous la règle du 49-51. Depuis Août 2018 la mayonnaise, autrefois importée, est fabriquée en Algérie. Renault et Peugeot ont également choisi d’investir auprès d’Oran dans la production et l’assemblage de véhicules. Fin Août 2018 Sanofi inaugurait sa troisième usine de médicaments en Algérie.

Si les grands industriels sont en capacité de réagir face à de telles restrictions, d’autres sont moins bien armés.

Ces règles imposent aux industriels d’investir en Algérie mais le pays manque d’employés qualifiés pour les faire fonctionner. Actuellement une quinzaine d’usine serait à vendre.

Dans le même temps, nous observons une hausse de 4% des exportations françaises de produits pharmaceutiques (deuxième poste d’exportation française vers l’Algérie). En effet certaines industries tirent leur épingle du jeu, étant positionnées sur des niches dont l’Algérie ne peut se passer. C’est notamment le cas du petit électro-ménager et des produits pharmaceutiques, exonérés de restriction à l’importation. En revanche, les compléments alimentaires sont soumis aux nouvelles législations avec pour corollaire le développement de l’économie informelle qui pèse désormais 50% du PNB. Plus que jamais, shampoings et autres crèmes anti-rides remplissent les énormes sacs des trabendistes qui circulent entre Marseille et Alger.

120% et 30 jours

Depuis octobre 2017, les importateurs algériens sont soumis à une nouvelle réglementation qui impose de déposer à la banque 120% de la valeur de marchandise qui sera importée sur la base du devis proforma. Cette somme, qui reste bloquée trente jours à la banque, impose aux importateurs de disposer d’une réserve de trésorerie importante. Une mesure vise à ralentir les importations et à éliminer ceux qui n’ont pas l’assise financière suffisante.

Chute de 20% des expéditions en sortie de Marseille

L’Algérie reste néanmoins un partenaire commercial de premier rang pour le port de Marseille-Fos, concernant 34% des flux de marchandises traités sur le port, grâce au pétrole à l’import et aux céréales et divers à l’export. En sortie de Marseille, le trafic conteneurisé expédié vers les ports algériens a culminé à 48 000 EVP en 2018 contre 59 800 EVP en 2016.
Une situation conduisant à la surcapacité des dix services directs hebdomadaires (6 en full conteneurs et 4 en Conro) en sortie de Marseille et Fos.

Depuis 2013, les exportations de marchandises vers l’Algérie ont chuté de 20%, principalement en raison des restrictions à l’importation.

A l’inverse le gouvernement algérien incite à cultiver localement à la fois pour le marché national et l’export. En 2018 une hausse de 25% des expéditions de fruits et légumes a été enregistrée (agrumes légumes dattes).

Le retour de la TVA leste les services aux navires

L’exonération dont bénéficiaient les services aux navires en Algérie a pris fin au 1er Janvier 2018. Cette nouvelle réglementation renchérit d’un cinquième les coûts des opérations pour les compagnies maritimes européennes, dans l’incapacité de récupérer cette taxe n’étant pas ressortissantes algériennes. Toutes les opérations portuaires sont concernées : pilotage, lamanage, remorquage, fourniture d’eau, redevance portuaire, utilisation des gares maritimes… Ces coûts s’ajoutent aux autres difficultés rencontrées par les exportateurs hexagonaux avec pour conséquence une baisse des tonnages.

Recul de 8,6% des exportations françaises au premier semestre 2018.

Selon les Douanes françaises, les exportations françaises vers l’Algérie au premier semestre 2018 ont diminué de 8,6% par rapport au 1er semestre 2017 pour s’établir à 2,3 Mds € contre 2,6 Mds€ à la même période l’année précédente. Composée à plus de 95% de produits pétroliers et gaziers ou de leurs dérivés, la valeur des importations françaises en provenance d’Algérie a évolué proportionnellement aux cours des hydrocarbures. Elle a ainsi enregistré une augmentation de 16,1% au cours du premier semestre 2018 par rapport au premier semestre 2017 et a atteint 2 Mds €.

Au total, l’excédent commercial bilatéral de la France s’est contracté de 58,4% sur cette même période, à 353M€. La baisse des exportations française vers l’Algérie est plus marquée que la baisse des importations algériennes globales sur la période (-2,1%). Parmi les principales évolutions, les céréales, premier poste d’exportation, ont vu leur montant total exporté augmenter de 64% à 384 M € (232M € au premier semestre 2017), ce qui s’explique à la fois par l’augmentation des prix mondiaux des céréales et par un effet de rattrapage grâce à un retour à une production française “normale” après le choc de 2016 (la production exportée en volume a augmenté de 73%).

Il va sans dire que l’évolution économique de l’Algérie reste suspendue aux incertitudes politiques actuelles et qu’un changement de régime, tel qu’il semble se dessiner, peut modifier radicalement le paysage économique algérien. A suivre…

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